Tarifs eau et électricité – l’oasis de Dubaï et le désert wallon

Un récent voyage à Dubaï m’a amené à une comparaison intéressante et cocasse entre la tarification de l’eau et celle de l’électricité pour le particulier.

Pour rappel, Dubaï est une zone désertique en bord de mer, au relief très plat, avec des nappes aquifères très limitées. La température varie entre 13°C et 45°C avec des précipitations annuelles de 10 cm, huit fois moindres qu’en Wallonie.

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Les coûts locaux

Toute l’électricité de Dubaï est fabriquée avec du pétrole au prix relativement peu compétitif de 8€cent par kWh à comparer au prix moyen du réseau électrique belge : 4 €cent.
Dans le futur, le prix pourrait augmenter avec le prix du pétrole ou de la transition énergétique vers le photovoltaïque. En effet, le coût de l’électricité photovoltaïque ne serait que d’environ 7 €cent mais le stockage d’une grande partie de la consommation porterait le prix moyen aux alentours de 15-20 €cent.

Il est donc temps que Dubaï réfléchisse à l’après-pétrole et aux économies d’énergie.

Depuis des décennies, toute l’eau de Dubaï provient d’usines à osmose inverse qui potabilisent l’eau de mer. Pour produire un mètre cube d’eau désalinisée et potable, il en coûte environ 0,6 € et 2 kWh d’électricité. Le prix actuel de production est donc d’environ 0,75 €/m3.

En Wallonie, il suffit de pomper l’eau douce dans nos nappes aquifères ce qui coûte un peu d’électricité, moins de 1 kWh par mètre cube, et d’amortissement de pompes et de forage. Ce coût varie d’un forage à l’autre mais on peut l’estimer à moins de 0,25 €/m3, trois fois moins qu’à Dubaï.

Et sur la facture du consommateur ?

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Que ce soit en Wallonie ou à Dubaï, les consommateurs doivent assumer des coûts de distribution tant pour l’électricité que pour l’eau.

Dubaï n’est pas une ville basée sur un modèle très écologique, pourtant l’administration locale a opté pour une tarification progressive de l’électricité, chère à l’ancien ministre wallon Jean-Marc Nollet. Les premiers kWh sont facturés à environ 7,4 €cent soit quasiment le prix de production, et jusqu’à 11 €cent pour les kWh supplémentaires. En moyenne, un consommateur paye 10 €cent/kWh contre plus de 20 €cent en Wallonie, soit le double.

Quant à l’eau, le consommateur dubaïote paye in fine 3,5 €/m3 contre 5,2 €/m3 en Wallonie… actuellement.

En conclusion, bien que le prix de production de l’électricité soit deux fois plus élevé à Dubaï qu’en Wallonie, le consommateur paye deux fois plus en Wallonie qu’à Dubaï.

Pour l’eau, même genre de paradoxe, la production coûte trois fois plus cher à Dubaï qu’en Wallonie mais le consommateur paye 50 % de plus en Wallonie qu’à Dubaï.

La deuxième feuille d’impôt, une innovation wallonne…

Cette incongruité peut s’expliquer par le mécanisme monopolistique public du transport et de la distribution de l’eau et de l’électricité ainsi que des taxes publiques. En Belgique, l’eau et l’électricité sont devenus un moyen commode de taxer les consommateurs pour renflouer les caisses fédérales, régionales et communales. Cet impôt indirect est un peu injuste dans la mesure où il n’est pas lié aux revenus du consommateur mais à sa consommation. Or pour diminuer celle-ci, il est souvent nécessaire d’investir, ce qui n’est pas toujours possible au sein de la population défavorisée qui ne dispose pas toujours des moyens financiers ou intellectuels pour y parvenir.

Mais peut-être la Wallonie est-elle avant-gardiste et montre-t-elle à Dubaï comment l’administration pourra prélever des moyens supplémentaires quand les vaches huileuses seront taries ?

Laurent Minguet

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10 Commentaires Laissez le votre

  1. le 24 février 2016 à 07:57

    Très belle étude , à étudier pour vous je pense !

  2. le 24 février 2016 à 09:44

    Quelles sont les conditions de travail, de rémunération, quelle est la protection sociale dont bénéficient les travailleurs de ces secteurs à Dubaï ? Ne pensez-vous pas que la différence de prix vient d’abord de là ? Avoir de la compassion pour «la population précarisée», c’est bien. Veiller à éviter de créer des conditions de production qui précarisent — et même esclavagisent dans le cas de Dubaï — les travailleurs, c’est beaucoup mieux.

    • le 23 octobre 2016 à 14:24

      Laurent MinguetLaurent Minguet #

      cher Monsieur Schreuer,
      désolé pour ma réponse tardive.

      Il est évident que les conditions socio économiques des travailleurs sont moins bonnes à Dubai qu’en Wallonie. Cela dit, il faut voir quelle est la part de main d’oeuvre dans la production et la distribution de l’eau ou de l’électricité.

      Elle est relativement faible dans le cout vérité. Elle est aussi perfectible. Par exemple, le comptage n’est pas encore numérisé ou digitalisé selon l’anglicisme à la mode. Ainsi le relevé du compteur va nécessiter l’engagement d’ouvriers alors que dans un système moderne, tout se fait automatiquement avec une télérelève et un ordinateur. C’est ce que je réalise pour le relevé des consommations de chaleur que je produis et distribue via un réseau de chaleur. Le futur, c’est maintenant. Le moyen âge devrait être hier.
      Pour la production d’électricité d’une centrale turbine gaz vapeur,par exemple, le cout de la main d’oeuvre de travailleurs pourtant surpayés est d’environ 2€/MWh soit 4% du prix de revient de l’électricité.

      Il n’y a pas plus d’esclaves à Dubai qu’en Belgique. Car, oui, il existe en Belgique des milliers d’étrangers sans papier hébergés illégalement par d’honnêtes (?) citoyens en échange de travaux domestiques.

      Pas besoin de mener un combat à Dubai tant qu’on en a encore tellement chez nous. C’est plus écologique car on ne doit pas prendre l’avion pour les mener.

  3. le 25 février 2016 à 15:28

    didier leboutte #

    as-tu pris en compte le coût de l’assainissement des eaux usées ?

    • le 23 octobre 2016 à 14:37

      Laurent MinguetLaurent Minguet #

      cher Didier
      le cout des eaux usées est pris en charge des deux côtés. Sur la facture Dubaïote, c’est le poste sewerage qui est assez faible par rapport aux 2€/m3 que le wallon paye pour l’épuration…aux intercommunales. Il faut dire que Dubai a un habitat nettement moins dispersé qu’en Wallonie. Le cout de la distribution des flux pour la collectivité, dont les égouts, est donc moindre.
      On pourrait presque dire que l’aménagement du territoire est plus écologique à Dubai qu’en Wallonie.

  4. le 22 octobre 2016 à 22:57

    Bonjour Mr Minguet,

    je lis vos études depuis quelques temps et constate que toutes vos analyses se basent sur le concept (hélas suranné) de Valeur-cout. Moi je verrais plutôt la situation sur base du concept de Valeur-client : si mon client gagne plus alors je le fais payer plus et vice-versa. Je pourrais analyser comme cela toutes vos analyses mais je n’ai malheureusement pas le temps. Juste un exemple ici pour la contextualisation : vous prenez Dubai sur un même pieds d’égalité que la Wallonie alors que c’est un pays qui n’a pas du tout la même histoire et les dirigeants, les mêmes objectifs en tête (ils ne fabriquent même pas un seule aiguille !) et ils basent leur économie sur le pétrole et pas sur la Valeur ajoutée. Leur économie est totalement subsidiée, etc; etc.
    Amicalement
    Stan Idelsen

    • le 23 octobre 2016 à 13:53

      Laurent MinguetLaurent Minguet #

      cher Monsieur Idelsen,

      comme la plupart des gens, vous ignorez la réalité que je tente d’expliquer dans des articles clairs et didactiques.
      J’ai du relire votre commentaire pour en comprendre l’incohérence.
      En effet, votre concept « valeur-client » viserait à faire payer davantage celui qui a davantage de moyens. C’est très social mais ce n’est pas ce qu’on pratique en Wallonie ou à Dubai puisque le prix de l’eau est le même quelque soit les revenus du consommateur.
      Seul Dubai a un tarif plus écologique puisque les premiers kWh consommés coutent moins chers que les suivants.

      Par contre, c’est vrai qu’une de mes sociétés distribue de l’eau potable au village de Boucotte (4.000 habitants, 500 ménages) pour seulement 0,6€/m3 car je tiens évidemment compte de ce que les clients peuvent payer mais aussi de ma valeur-cout surannée : je prends un (petit) bénéfice.

      Dubai ne réalise aujourd’hui « que » 5% de son PIB grâce au pétrole. OK, c’est davantage que l’industrie extractive wallonne mais allez faire un tour à Dubai pour tenter de comprendre quelle économie est en croissance et quelle est en déclin.

      Dubai ne base quasi plus son économie sur le pétrole depuis des décennies mais la Wallonie continue de baser la sienne sur la croissance de la dette

  5. le 23 octobre 2016 à 11:02

    Annemie Vermeylen #

    Intéressant de lire la facture intégrale. Elle est plus claire et beaucoup plus user-friendly que celle que je reçois pour l’électricité et l’eau à Bruxelles. En plus, avec des conseils pour consommer moins.
    Le point fait par LM est qu’effectivement en Belgique nous payons des taxes via la consommation de l’eau et de l’électricité. N’oublions pas la TVA de 21 % pour l’éléctricité. Pourtant, l’éléctricité n’est pas un luxe. La TVA devrait de nouveau être 6 % pour l’électricité (certainement pour les premiers 3500 KWh) et les autres taxes (pour la décarbonisation, les tarifs sociaux etc ) via le budget de l’Etat. Cete fiscalité est bien progressive, c-à-d en fonction des revenus.

    • le 23 octobre 2016 à 14:04

      Laurent MinguetLaurent Minguet #

      chère Madame Vermeylen,

      Je suis bien d’accord avec vous.

      Une meilleure tarification consisterait à appliquer un taux de TVA de 6% pour les premiers kWh et 21% pour les suivants. Cela encouragerait les consommateurs à rationaliser leur consommation. C’est valable également pour le logement. Il y avait autrefois un taux de TVA de 6% pour les 50.000 premiers euros d’un logement. Mais en pratique, c’est parfois difficile à mettre en pratique. Et puis il y a des effets pervers. On serait, par exemple, tenté d’ouvrir plusieurs compteurs dans un même bâtiment pour bénéficier d’électricité moins chère. Et si on calcule les kWh par logement, on pourrait diviser le logement en entités distinctes pour bénéficier plusieurs fois des kWh au taux de TVA réduits. Le cout de l’application d’une mesure à taux de TVA variable est fort lourd pour l’administration.

      Et puis n’oublions pas que si l’électricité et l’eau sont sources de revenus pour les communes et la région, elles ont (un conflit d’) intérêt à ce qu’on en consomme le plus possible.

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