L’effet pervers des négawatts

La meilleure énergie n’est pas toujours celle qu’on ne consomme pas…

A quoi sert de réduire notre consommation d’énergie si c’est pour perpétuer un modèle non durable fondé sur les énergies fossiles qui accentue les changements climatiques? Pour accélérer le rythme de la «transition écologique», il vaut mieux produire l’énergie renouvelable nécessaire à nos modes de consommation qu’éviter de consommer de l’énergie en améliorant l’efficacité de nos appareils énergivores.
La meilleure énergie serait celle que l’on ne consomme pas. Cette règle souvent évoquée, popularisée par les fameux «négawatts» d’Amory Lovins, ne résiste pourtant pas à l’analyse. Consommer un kilowatt-heure (kWh) d’origine fossile pollue et contribue aux changements climatiques, alors que le kWh renouvelable n’induit pas ces inconvénients. Il n’est donc pas a priori meilleur pour la planète de financer l’économie d’un kWh fossile que la production d’un kWh renouvelable.

D’autant que les flux solaire et éolien dépassent de loin nos besoins. On peut donc puiser sans réserve dans ces flux. Par contre, les flux biomasse (bois, poissons, cultures…) sont limités par la surface ou les stocks reproductifs. On ne peut donc y puiser que la fraction «durable», celle qui se renouvelle naturellement. Si la quantité de flux biomasse disponible est limitée, on risque de créer des inégalités: un américain peut s’offrir des biocarburants mais il renforcera alors la tension sur le prix mondial des céréales.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons quelques règles de micro économie.

Quel est le coût actuel d’un kWh renouvelable?

Par exemple, quand nous installons des panneaux solaires photovoltaïques qui produiront de l’électricité pendant 25 ans, que coûte le kWh électrique produit?

Pour répondre à cette question utile, nous simplifierons le calcul en supposant que le système produit la même quantité d’électricité chaque année même si, en pratique, le rendement diminue de 0,5% par an. Nous supposerons aussi que notre fournisseur a déjà intégré dans son prix de vente une assurance tout risque et une extension de garantie de l’onduleur à 25 ans puisqu’il faut remplacer ce dernier après 10 ou 15 ans.

Si le coût de l’investissement d’un système qui produit un kWh par an vaut I, le prix de revient du kWh annuel vaut simplement I/25.

Mais ce prix de revient ne tient pas compte du fait que l’argent ainsi investi n’est plus disponible à autre chose, notamment pour un autre placement rémunéré.

Supposons donc que l’investissement est intégralement payé par un emprunt remboursable sur 25 ans avec annuité indexée. En effet, le prix du kWh produit va suivre un index de 2% par an comme le prix de la plupart des biens de consommation. Je rembourserai chaque année une somme équivalente jusqu’à l’annulation du solde restant dû d’un prêt à, par exemple, 5% d’intérêts.

On peut calculer que le coût du kWh vaut dans ce cas environ I/17 c’est à dire un peu plus que le prix de revient puisqu’on y ajoute le coût du financement (emprunter de l’argent coûte de l’argent).

Ce calcul peut également s’appliquer à un investissement économiseur d’énergie. Par exemple, supposons un investissement I qui m’économise un kWh de chaleur par m2 chauffé. On supposera que cet investissement produise ses effets pendant 50 ans (durée de vie moyenne d’un investissement en isolation: châssis de fenêtre, isolation sous toiture). Le prix de revient du kWh économisé vaut donc I/50. On peut calculer que son coût financé à 5% est d’environ I/25.

Consommer un kWh d’origine fossile pollue et détraque le climat. Un kWh renouvelable n’induit pas ces inconvénients. Il n’est donc pas a priori meilleur de financer l’économie d’un kWh fossile que la production d’un kWh renouvelable. Vaut-il mieux renforcer l’isolation d’un frigo afin qu’il consomme moins ou augmenter la quantité de panneaux photovoltaïques qui produit l’électricité pour le faire fonctionner? Les deux techniques requièrent davantage de matière. Le choix le plus rationnel est, en général, celui de la technique la moins chère.

Quel sera le prix de l’énergie renouvelable dans le futur?

Si nous ne disposons pas de boule de cristal, on peut cependant calculer le prix maximal d’un kWh renouvelable pour une région donnée. En effet, il ne pourra dépasser le meilleur prix offert par la technologie actuelle. Par exemple, si le prix de revient du MWh (1.000 kWh) éolien est de 50 € aujourd’hui en Belgique, ce prix ne pourra que diminuer au fil des améliorations technologiques. Par ailleurs, le prix de revient dépend aussi fortement du climat. Il est moins coûteux de produire un kWh renouvelable au Sénégal qu’en Belgique.

Electricité

Le prix de revient actuel de l’électricité éolienne en Belgique est d’environ 50 €/MWh. Celui du stockage de l’électricité produite pour un usage ultérieur vaut environ 100 €/MWh avec un rendement de 80%. Le prix de revient maximal est donc de 162,5 €/MWh [1]. En ajoutant le coût de la distribution et le profit des producteurs et distributeurs, on peut tabler sur un prix inférieur à 250 €, contre environ 170 € actuellement (prix moyen hors TVA en Région wallonne).

Remarquons qu’au Canada où 60% de l’électricité est renouvelable grâce aux nombreuses centrales hydroélectriques, le MWh est facturé à moins de 50 €.

Chaleur

Pour la chaleur, le prix de revient du MWh renouvelable au pellet est d’environ 70 €. Evidemment, le prix du bois, contrairement à celui du soleil, pourrait augmenter dans le futur quoiqu’une production organisée permettrait d’en stabiliser le prix.

Une autre méthode pour produire de la chaleur est d’utiliser l’électricité éolienne qu’il suffit de transformer en chaleur et de stocker pendant une ou deux semaines dans un grand réservoir d’eau chaude. En effet, il ne se passe jamais plus de deux semaines sans qu’il n’y ait du vent en période hivernale. Le coût du stockage est inférieur à 15 €/MWh. On peut calculer que le prix maximal de la chaleur ne devrait pas dépasser, en moyenne, environ 125 € [2].

Une autre technique consisterait à utiliser une pompe à chaleur au coefficient de performance de 2,5. Compte tenu du coût de cette technologie, on aboutit à peu près au même prix (125 €) pour le MWh thermique futur.

Construction: isoler «très basse énergie», oui, «passif», non!

L’investissement dans une meilleure isolation n’a de sens que si le coût du MWh économisé est inférieur au coût maximal futur de 125 €, qui ne sera peut-être même jamais atteint.

Par exemple, lors de la construction d’un bâtiment neuf, on peut se demander quel est le niveau de performance énergétique optimal. Si le bâtiment respecte simplement les normes, il consommera environ 70 kWh/m2 par an de chauffage. Pour diminuer la consommation annuelle de 40 kWh, je dois investir 40 €/m2. Le coût du MWh économisé sur 50 ans est d’environ 40 € qui est bien inférieur à 125 €. Préférer construire un bâtiment très basse énergie (30 kWh/m2/an) plutôt qu’un bâtiment aux normes standards (70 kWh/m2/an) est donc une démarche très rationnelle.

Qu’en est-il du choix entre une construction très basse énergie (30 kWh/m2/an) et une construction passive (15 kWh/m2/an)? Si le surcoût est de 50 €/m2 (triple vitrage, 50% d’isolation en plus, meilleure étanchéité) pour économiser 15 kWh/m2, le coût du MWh économisé grimpe à 133 €, ce qui est supérieur au prix futur de la chaleur renouvelable [3]. Ce n’est donc pas rationnel de pousser l’isolation jusqu’à la norme passive.

Rénovation: ni «très basse énergie», ni «passif»!

Ce qui est encore moins rationnel serait de vouloir rendre un bâtiment existant en bâtiment passif ou même très basse énergie. Supposons que ce bâtiment consomme 150 kWh/m2/an pour le chauffage. Pour atteindre la norme passive de 15 kWh/m2/an, on économisera donc 135 kWh/m2/an. On calcule que le coût maximal de la rénovation au m2 ne doit pas dépasser 422 € [4].

Or, dans tous les exemples de rénovation en basse énergie ou passif répertoriés dans l’ouvrage Rénover en basse consommation (Editions L’inédite, 2010), la dépense excède toujours 750 €. Elle ne peut se justifier que pour augmenter le confort de l’habitation mais pas par l’économie réalisée. Cet investissement est en quelque sorte «galvaudé» puisqu’il aurait pu être mieux utilisé pour produire davantage d’énergie renouvelable.

Un objectif rationnel d’économie d’énergie dans un bâtiment existant (150 kWh/m2/an) consistera à diminuer en deux ses besoins (75 kWh/m2/an) pour un investissement maximal de 234 €/m2, ce qui est possible en se limitant à l’isolation de la toiture, au remplacement des châssis simples vitrages et en colmatant les principales pertes d’étanchéité (cheminée, portes extérieures). Le meilleur appoint aujourd’hui est alors une chaudière à pellet en attendant le raccordement à un réseau de chaleur ou une électricité 100% renouvelable.

Le choix d’aller au-delà de cet objectif rationnel est d’autant plus mauvais que la demande en chaleur résiduelle est quasi toujours satisfaite par de l’énergie fossile (chaudière à mazout, à gaz, électricité…). A quoi sert de réduire notre consommation d’énergie si c’est pour perpétuer un modèle non durable fondé sur l’énergie fossile dont plus une personne sérieuse ne nie aujourd’hui les effets sur les changements climatiques?

Le développement durable ne consiste pas à polluer moins mais à ne plus polluer du tout.

Laurent Minguet

Notes:

[1] 162,5 = 50 (production) + 100 (stockage) + 12,5 (pertes, calculées comme suit : il faut introduire 1,25 MWh pour en restituer 1 MWh avec 80% de rendement; 0,25 MWh de courant coûte 12,5 €).

[2] Le prix exact dépendra de la durée et du lieu de stockage puisque la température de l’eau chaude stockée diminue au fil du temps et en fonction de la différence de température de l’eau et du lieu de stockage. On aura donc des résultats différents selon les cas de figures.

[3] Si on investit 50 €/m2 pour économiser 15 kWh/m2 pendant 50 ans, le coût annuel au m2 de cet investissement, réalisé grâce à un emprunt remboursable en 25 ans, est de 50/25 = 2 €/an pour économiser 15 kWh. Exprimé en MWh, cela fait : 2/0,015 = 133 €/MWh.

[4] 135 kWh de chaleur coûteront 0,135 x 125 € = 16,9 € par an. L’investissement par m2 ne doit pas dépasser 25 x16,9 = 422 €.

13 Commentaires Laissez le votre

  1. le 19 septembre 2011 à 12:23

    AvatarLouis Bronne #

    J’ai du mal avec le raisonnement à la base de cet article. « Consommer un kilowatt-heure (kWh) d’origine fossile pollue et contribue aux changements climatiques, alors que le kWh renouvelable n’induit pas ces inconvénients. Il n’est donc pas a priori meilleur pour la planète de financer l’économie d’un kWh fossile que la production d’un kWh renouvelable. »
    Comment est-ce que supprimer du négatif pourrait ne pas être meilleur qu’ajouter du neutre ?
    Surtout quand on analyse bien les choses et qu’on s’aperçoit que le neutre ne l’est pas toujours autant qu’on le dit a priori : les éoliennes peuvent poser des (légers) problèmes avec les oiseaux et les chiroptères, l’hydroélectricité pose de sérieux problèmes à l’ichtyofaune…

  2. le 20 septembre 2011 à 20:06

    AvatarAnonymous #

    Pourquoi toujours opposer efficacité énergétique et énergies renouvelables ? Il faut clairement les 2 : si on doit chauffer une maison mal isolée qui engloutit 200 kWh/an/m² on n’est pas sorti de l’auberge, même chose s’il faut propulser un véhicule de 2500 kg ou alimenter un frigo américain de 700 litres.

  3. le 21 septembre 2011 à 07:23

    cher Monsieur Bronne,

    merci pour votre commentaire qui pose deux questions.

    Effectivement, supprimer (une partie) du négatif reste négatif. Substituer du neutre au négatif rend l’ensemble neutre. Cela dit, je propose de réduire le négatif et de substituer le négatif résiduel par du neutre.

    Imaginons que notre énergie soit 100% renouvelable. Quel est le prix que nous consentons investir pour économiser un kWh ? Si l’investissement est tel que le coût du kWh économisé est largement supérieur au coût du kWh renouvelable, on a fait un mauvais choix économique et sans doute environnemental également car le coût élevé de l’investissement économiseur d’énergie par rapport au coût plus faible de l’investissement producteur d’énergie découle sans doute d’une mobilisation plus importante des ressources matérielles et énergétiques pour le produire.

    C’est le cas, par exemple, de la mousse de polyuréthane. Elle est très chère car elle réclame beaucoup d’énergie pour être produite. Si on s’en sert pour isoler un bâtiment, il arrive un moment où l’économie marginale d’un supplément d’isolation ne couvre pas le coût de l’énergie (renouvelable) économisée.

    D’autre part, la production d’énergies renouvelables induit des externalités, en général, très faibles par rapport aux énergies fossiles et fissile.

    il en va de même pour les matériaux et techniques qui permettent d’économiser de l’énergie. Un triple vitrage, c’est 50% d’énergie grise et de matière en plus qu’un double vitrage. Il faut au moins que l’investissement énergétique puisse être récupéré.

    il n’est pas certain que les externalités des investissements économiseurs d’énergie soient toujours moindre que celles dues à la production d’énergie renouvelable. L’usage de l’amiante, par exemple, fût une calamité dans le bâtiment.

    L’arbitrage environnemental requiert de comparer les cycles de vie des systèmes économiseurs d’énergie avec ceux des systèmes producteurs d’énergie. Heureusement, ce sont des cycles longs qui permettent, en général, un recyclage poussé.

  4. le 21 septembre 2011 à 07:30

    au risque de me répéter, je n’oppose en rien économie d’énergie et production d’énergie renouvelable mais, au contraire, je les compose. Il faut alors déterminer l’équilibre optimum entre ces deux composantes.

    alléger les véhicules est une bonne solution pour réduire leur exigence de consommation (parfois aussi leur sécurité) mais c’est un autre débat. Au même niveau, cela reviendrait à réduire la taille d’une habitation pour qu’elle consomme moins.

    Il est évident qu’on consomme moins d’énergie en consommant moins tout court.

  5. le 6 octobre 2011 à 10:46

    Je suis totalement d’accord avec cet article en ce qui concerne les techniques spéciales (production de chaleur, électricité, déplacement).
    Au-delà de la description ‘analytique’ qui fait plaisir à voir, je pense que aujourd’hui, remplacer sa vielle chaudière par une chaudière à gaz condensation (et recevoir des aides en prime) est une erreur car cette action va faire perdurer une consommation fossile durant la génération de la chaudière, soit ~= 20 ans. Donc on aura diminuer de 30% la consommation de gaz, sans réaliser une réelle transition.

    Donc allons plus loin, faisons le ce pas dont on dit qu’il devra être fait, dans cette période de diète des finances publiques je propose : Suppression des aides (fiscales et régionales) pour les chaudières fossiles (gaz et mazout) elles sont financièrement et culturellement accessible au plus grand nombre ET transfert de ces montants vers du pellets et des réseaux de chaleurs urbains.

    Je suis cependant moins d’accord avec les conclusions sur les performances à atteindre dans le bâtiment. En effet l’analyse n’intègre pas l’aspect confort (même s’il le mentionne), on n’intègre pas non plus l’apparition de la ventilation qui pourrait rendre économiquement positif le fait d’aller vers de la très basse énergie et du passif, etc. Mais l’approche est intéressante.

  6. le 6 octobre 2011 à 10:54

    Analyse qui fait plaisir à voir.
    De fait, quelqu’un qui remplace sa vieille chaudière d’aujourd’hui par une chaudière gaz à condensation, par exemple, fait une erreur.
    Il bloque cet investissement pour les 20 années à venir en réalisant une économie de 30% de gaz (au mieux), mais surtout garantit qu’il va consommer 70% pendant les 20 années à venir et permet à un secteur qui doit disparaître de perdurer.
    S’il passe aux pellets, il diminue de 100% son recours au fossile.

    Donc allons plus loin et proposons, pour les techniques spéciales : suppression des aides (fiscales et régionales) aux chaudières gaz et mazout, car elles sont financièrement et culturellement accessible ET transfert de ces montants vers de la technologie pellets et réseaux de chaleur URBAINS en substitution du gaz (pas dans un nouveaux quartier) en modulant l’aide en fonction de la performance de ces systèmes. Ce qu’il faut c’est du renouvelable performant, pas du fossile performant.

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’analyse relative au bâtiment car certains éléments, difficilement chiffrables par ailleurs, ne sont pas intégrés dans l’analyse et peuvent changer la donne : la notion de confort et l’apparition de la ventilation.

    Mais bon, le raisonnement est intéressant.

  7. le 7 octobre 2011 à 07:43

    cher Benjamin,

    je suis tout à fait d’accord avec vous également y compris la remarque du dernier paragraphe.

    En effet, vouloir transformer un vieux bâtiment en bâtiment très basse énergie n’est pas rationnel si on compte récupérer le financement des travaux sur les économies d’énergie futures.

    Mais c’est tout à fait légitime de vouloir augmenter le confort.

    Ainsi, le double flux est une transformation très lourde mais qui apporte un air sain et tempéré dans chaque pièce avec la possibilité de filtrer le pollen pour les gens allergiques.

    Un mur froid induit aussi un inconfort qui n’est pas compensé par la présence d’un radiateur brûlant de même qu’on résout mal la surchauffe d’un local en ajoutant un climatiseur puissant.

    c’est pourquoi je recommande de réduire la consommation d’un vieux bâtiment à un niveau de 7 à 8 litres qui est déjà très confortable et de compléter les besoins par un chauffage renouvelable.

    Dans mon logement privé qui date de 1870 et dont la façade est classée, j’ai dû me battre avec la commission des monuments et sites pour pouvoir installer des châssis doubles vitrages à la place des vieux châssis tout à fait quelconques qui n’étaient même pas d’origine.

    Les moulures intérieures rendaient impossibles l’isolation des murs aussi me suis-je contenté d’isoler le toit par l’intérieur et d’améliorer l’étanchéité. Les besoins de chauffage sont réduit à 8 litres/m2.

    J’ai remplacé l’installation au gaz par un chauffage aux pellets. Une pompe à chaleur produit l’eau chaude sanitaire pendant l’été quand je coupe le chauffage central et que les PV installés sur le toit fournissent le plus d’énergie.

    L’investissement global hors PV s’élève à seulement 150 €/m2.

  8. le 7 novembre 2011 à 13:19

    Je trouve cet article très intéressant.

    J’aime beaucoup l’idée globale qu’il faut maximiser l’impact généré par un euro investi sans a priori idéologique.

    Je pensais que les primes du plan SolWatt rataient leur cible en encourageant la pose de panneaux solaires photovoltaïques sur des passoires énergétiques.
    Les arguments avancés ici m’obligent à revoir ma position.

    Maintenant, je pense que quand on me posera la question, je répondrais comme un ingénieur : « ça dépend ». Et je dirigerai vers cet article.

  9. le 7 novembre 2011 à 20:46

    cher Monsieur Linard,

    merci pour votre commentaire.

    En effet, les PV produisent une énergie qui, à défaut d’être autoconsommée, est distribuée sur le réseau. Cela n’a pas d’importance globalement que la toiture qui les supporte recouvre une maison mal isolée voire pas de maison du tout. L’intérêt est de capter l’énergie solaire pour la valoriser en électricité.

    D’autre part, si notre maison est une passoire énergétique, il faut l’isoler de manière rationnelle.
    Ni trop, ni trop peu.

    Par contre, il est incongru de considérer qu’une maison consomme moins d’énergie primaire si elle dispose de PV sur son toit et pas dans son jardin ni au coin de la rue. C’est pourtant l’esprit du certificat PEB qui devrait faire l’objet d’une critique rationnelle en règle dans un prochain article

    bien à vous

    Laurent MINGUET

  10. le 16 novembre 2011 à 10:15

    AvatarAnonymous #

    Réflexion intéressante et utile parce qu’elle éclaire la question d’une façon différente. Merci.
    Au sujet du passif, je pense qu’on est encore dans une période de lancement et que l’investissement supplémentaire nécessaire pour atteindre cette norme va aller en diminuant. J’ai construit passif en 2006 et je vois déjà pas mal de changements depuis. Donc je suis une peu déçu de lire « le passif, non » alors que c’est déjà tellement difficile de faire avancer les performances des bâtiments neufs. J’aurais aimé lire « le passif : faites vos calculs ».
    Autre réflexion, un peu plus pragmatique : j’habite un quartier de maisons unifamiliales construites entre 2005 et 2010. Imaginons un blackout électrique de deux jours en plein hiver. Chaudières à mazout, à gaz, à pelets (y.c. poêles de salon), pompes à chaleur, chauffe-eau solaire, panneaux PV… tout s’arrête parce que tout a besoin d’électricité pour fonctionner. Réduire au maximum le besoin en chauffage – outre le confort en plus – diminue aussi le risque lié à l’approvisionnement électrique.

  11. le 16 novembre 2011 à 15:57

    Deux comentaires :

    Au niveau des chiffres, une remarque sur l’hypothèse suivante : « Si nous ne disposons pas de boule de cristal, on peut cependant calculer le prix maximal d’un kWh renouvelable pour une région donnée. En effet, il ne pourra dépasser le meilleur prix offert par la technologie actuelle. Par exemple, si le prix de revient du MWh (1.000 kWh) éolien est de 50 € aujourd’hui en Belgique, ce prix ne pourra que diminuer au fil des améliorations technologiques. » Cela semble logique, mais ce n’est pas si solide, car cette affirmation fait l’impasse sur le jeu de l’offre et de la demande dans un contexte de finitude des ressources : il n’est pas possible de produire de l’énergie éolienne sans limites en Wallonie et si la demande excède l’offre, la barre des 50 EUR sera franchie.

    Sinon sur le fond du message, au-delà du titre provocateur, on peut facilement retourner l’argument : la preuve est ici faite qu’il vaut mieux investir dans les économies d’énergie jusqu’à un certain point. Bien sûr, comme l’auter le montre, si on dépasse un certain niveau de perfectionnisme, le coût du négawatt supplémentaire explose et dépasse celui du renouvelable, mais inversement, tant qu’on est en-dessous de ce seuil, il vaut mieux investir dans les économies d’énergies. Laurent Minguet confirme qu’un bon gestionnaire préférera isoler tout le bâti wallon existant pour le faire passer de 150 à 75 kWh du m2/an que d’investir ces sommes dans le développement du photovoltaïque par exemple.

  12. le 18 novembre 2011 à 21:05

    cher Anonyme du 16 novembre,

    merci pour vos réflexions.

    Ce serait plus agréable de répondre à une personne et pas un soldat inconnu.

    Il est possible que le prix de la construction diminue mais la tendance du prix des matériaux isolants et de la main d’oeuvre qui constitue plus de 60% du prix de la construction sont à la hausse.

    Ce qui peut un peu baisser est le prix de la ventilation double flux.

    Le prix du triple vitrage a diminué mais devrait augmenter car le verre est énergivore.

    Ce que l’article explique est qu’il y aura toujours un surcout pour passer d’une construction très basse énergie à une construction passive.

    Ce surcout n’est pas justifié et ne pourra jamais l’être car le coût futur de la chaleur sera limité à 0,12 €.

    Cela dit, vous avez bien fait de construire une maison qui consomme peu et, même si cela a coûté un peu cher, vous aurez été un pionnier qui aura montré la bonne voie à vos concitoyens.

    J’ai aussi réalisé des quantités d’investissement qui n’auront pas été rentables économiquement mais socialement.

    Si vous avez des craintes quant au black out, il faut plutôt un backup électrique à l’instar des logements au Sénégal où les coupures sont quotidiennes.

    S’il s’agit de produire un peu de courant pour alimenter une chaudière à pellet, quelques pompes, un peu d’ampoules économiques et d’équipements électroniques, il suffit d’une bonne batterie ou d’un petit groupe électrogène.

    bav

  13. le 19 novembre 2011 à 07:26

    cher Noé Lecocq,

    merci pour votre commentaire et votre identité.

    Effectivement, je considère implicitement qu’il n’y a pas de limite véritable à la production solaire ou éolienne.

    En effet, le potentiel éolien des terres agricoles wallonnes est de 300 TWh par an alors qu’on ne consomme « que » 24 TWh d’électricité par an en Wallonie.

    Le potentiel photovoltaïque sur cette même surface est de 835 TWh avec l’inconvénient qu’on ne puisse plus y produire en même temps de la nourriture mais produire toute l’électricité wallonne en photovoltaïque requiert seulement 1,5% de sa surface.

    Il ne peut y avoir à terme de pénurie d’énergie renouvelable en Wallonie (et encore moins ailleurs) si on organise rationnellement le développement des énergies renouvelables.

    Il faudrait que les wallons consomment 10 fois plus d’électricité qu’aujourd’hui pour que la demande excède le potentiel de l’offre mais ce n’est pas la tendance, je pense.

    Quant à votre deuxième argument, il n’est pas logique. Si A implique B, non B implique non A mais pas non A implique non B.

    Le fait qu’investir jusqu’à 234 € pour économiser 7,5 litres/m2 par an soit rationnel ne signifie pas que ce soit le meilleur investissement. Avec cette somme, il est aujourd’hui encore plus rentable d’investir dans la production d’électricité ou de chaleur renouvelable (PV-PAC).

    En effet, pour 234 € investis en économie d’énergie, vous économisez 75 kWh de chaleur par an.
    Si vous vous chauffez au gaz, vous économisez environ 5 €/an soit 2%.
    Point de vue environnemental, 75 kWh de gaz, c’est 19 kg de CO2 par an soit 0,9 tonne en 50 ans.

    Si j’investis ces 234 € en photovoltaïque (2,5€/Wc), je produis 80 kWh électrique qui coûtent 17 € par an soit 7%.
    Point de vue environnemental, 80 kWh électrique, c’est 36 kg de CO2 par an soit 1,1 tonne en 30 ans.

    Dans cet exemple, la production est donc meilleure pour l’environnement et pour l’investisseur.

    Si cet argent est investi dans l’éolien wallon, il produira annuellement 400 kWh électrique donc une réduction de 187 kg de CO2 par an soit 3,7 tonnes en 20 ans.

    Avec une vente de l’électricité à 50€/MWh et des frais opérationnel de 15 €/MWh, le revenu économique est de 14 € par an soit 6%.

    Investir dans la production d’électricité éolienne est donc meilleur pour l’environnement que le photovoltaïque mais un peu moins rentable micro économiquement à moins d’auto-consommer l’électricité.

    Et si vous investissez 234 € de PV au Sénégal…

Laisser une Réponse